Le mois d’octobre est finalement arrivé, ce qui signifie que nous nous trouvons à moins de trois semaines de la journée des élections. Après huit semaines de campagne, qu’avons‑nous appris?

Pendant une grande partie de cette campagne, les trois principaux partis ont été à peu près à égalité dans les sondages nationaux, mais au cours des derniers jours, nous avons commencé à voir des écarts apparaître, les Conservateurs et les Libéraux ayant dépassé le NPD. Ce changement peut dans une grande mesure être attribué à l’essor que prend la campagne du Parti libéral et à l’essoufflement correspondant de la campagne du NPD. Les Conservateurs ont tenu le cap, mais leurs chiffres ont légèrement augmenté dans les sondages au cours de la dernière semaine.

Qu’est-ce que ce changement des chiffres nous indique?

Pour de nombreux électeurs, notamment ceux qui font partie de l’important bloc d’indécis, la question qui fera la différence aux urnes est devenue « qui peut apporter le changement? » Le NDP et le Parti libéral se sont efforcés de s’imposer comme le parti qui peut amener de réels changements, ce qui explique dans une certaine mesure pourquoi les deux partis sont demeurés sur un pied d’égalité pendant les huit premières semaines. Toutefois, au cours des sept à dix derniers jours, nous avons commencé à voir que les Libéraux réussissent mieux à se définir comme l’agent d’un changement réel pendant cette campagne. Un sondage d’Abacus publié le 29 septembre indiquait que les Libéraux sont plus largement perçus que le NPD comme les agents d’un changement plus rapide et plus important par rapport au style de gouvernement de Harper. Tout cela soulève une question : comment les Libéraux ont‑ils réussi à se démarquer du NPD sur cette question de la plus haute importance concernant le parti le mieux en mesure de réaliser le changement?

  1. Trudeau et les Libéraux se sont positionnés stratégiquement comme le parti de gauche, alors que le NPD s’est présenté comme le parti du centre, ce qui est un revirement par rapport à sa position habituelle sur l’échiquier politique. Alors que le NPD a calculé qu’il devait être considéré comme un parti stable et modéré du changement, il a permis aux Libéraux d’adopter des positions qui les distinguent plus nettement du NPD et du Parti conservateur. Les décisions des Libéraux d’enregistrer des déficits pendant les premières années d’un gouvernement Trudeau, de renoncer à l’achat des avions de chasse F‑35 et d’investir lourdement dans l’infrastructure ont toutes aidé à attirer le vote progressiste partout au pays, et notamment en Ontario qui est le principal champ de bataille dans cette élection.

Ce qui importe peut‑être encore plus, c’est que le ton et le style de leadership de M. Trudeau sont très différents de ceux de M. Harper et de M. Mulcair et ont permis au Parti libéral de présenter ces élections comme une lutte entre « la politique de l’espoir » et « la politique de la peur », ce qui plaît énormément aux électeurs fatigués de l’approche négative et de confrontation qu’adopte le Parti conservateur à l’égard de nombreuses questions.

Quant au NPD, sa campagne a récemment vacillé, en grande partie à cause de la question extrêmement sensible du port des niqabs lors des cérémonies de remise des certificats de citoyenneté, qui est un enjeu de premier plan au Québec. Mais au‑delà d’un relâchement du soutien pour le NPD au Québec, le pari stratégique qu’a tenté le NPD en adoptant une position proche de celle des Conservateurs, notamment en promettant des budgets équilibrés, a permis aux Libéraux de caractériser le NPD et les Conservateurs comme étant « du pareil au même » pour les électeurs et a nui à la capacité du NPD de se présenter comme un parti offrant un réel changement aux Canadiens. Bien que le programme politique du NPD ait promis des changements importants, ses efforts pour promouvoir ses promesses n’ont pas eu les résultats escomptés et font craindre à de nombreux partisans que les électeurs n’associent pas le NPD fédéral à la promesse de changement et à l’espoir qui ont permis au parti de remporter les élections en Alberta au printemps.

Une annonce du NPD au cours de la dernière semaine a engendré de l’espoir dans le milieu des sciences et de la recherche — la promesse de créer un nouveau bureau parlementaire qui fournirait des conseils et des analyses scientifiques solides aux politiciens. M. Mulcair a fait remarquer que ce bureau allait aider à rétablir le respect à l’égard des scientifiques du pays et faire en sorte que « la prise de décisions à Ottawa se fonde sur des données probantes ». (Il convient de faire remarquer qu’avant le début de la campagne électorale, le Parti libéral avait également promis de créer un poste de conseiller scientifique en chef dont le mandat consisterait, entre autres, à s’assurer que le public ait librement accès aux informations scientifiques du gouvernement, que les scientifiques puissent parler librement de leur travail et que les analyses scientifiques soient prises en compte de façon appropriée lorsque le gouvernement prend des décisions. En outre, le Parti vert a pris des engagements semblables.)

Alors que nous entamons la dernière étape de cette campagne, la course à suivre est celle entre le NPD et le Parti libéral qui continueront de lutter pour obtenir le vote des indécis et des progressistes. Et dans le camp des électeurs désireux de changement, il faut s’attendre à ce qu’on parle de plus en plus de voter de façon stratégique comme moyen de faire changer les choses. Comme il reste trois semaines avant la fin de la campagne, les dés ne sont pas encore jetés et n’importe quel parti pourrait gagner la course.