La campagne est un peu plus qu’à moitié terminée, mais malgré les publicités, les séances de photos, les annonces de politiques et le porte‑à‑porte que font les candidats, les sondages nationaux continuent d’indiquer que les trois partis sont statistiquement égaux. La plupart des sondages indiquent que les partis sont à deux points les uns des autres, ou dans la marge d’erreur. Dans une campagne encore trop serrée pour qu’on puisse prédire les résultats, qu’est‑ce qui explique ce coude-à-coude politique?
Les sondages continuent de montrer que la lutte est chaude, mais aussi qu’il existe un bloc considérable d’électeurs indécis, ce qui explique en partie pourquoi aucun des principaux partis ne s’est démarqué des autres. Toutefois, il est vrai aussi qu’il y a moins de différences majeures entre les politiques des différents partis, alors le principal défi pour les partis a été de mettre leur chef en valeur par rapport à ceux des autres. Au cours de la dernière semaine, nous avons vu les partis et les chefs concentrer leurs efforts sur cet exercice, et le débat du Globe and Mail du 17 septembre a fourni une des meilleures occasions jusqu’à présent pour les chefs de se distinguer dans cette campagne compétitive.
Le débat a été important pour les trois partis et leurs chefs. Trudeau, qui a surpassé les attentes dans le débat de Maclean, continue d’être considéré par certains comme le moins compétent des chefs dans le dossier économique et a donc subi une pression plus forte pour bien performer. Mulcair s’est engagé dans le débat en ayant pour mission de changer l’avis du public quant à la capacité du NPD de gérer l’économie, un faux pas qui aurait pu sérieusement nuire aux intérêts électoraux de son parti. Quant à Harper, bon nombre était d’avis qu’il devait afficher une performance solide pour aider à relancer la campagne des conservateurs et profiter de la vitesse acquise au cours de la dernière semaine.
Dans le débat qui a touché à un large éventail de questions, y compris la crise des réfugiés, la bulle du logement, les services de garde d’enfants, le formulaire long du recensement et les menaces à la sécurité, une grande partie des échanges verbaux sur l’économie ont porté sur la question de savoir si le pays devrait renouer avec le déficit. Fait intéressant, les leaders sont demeurés discrets en ce qui concerne la santé, la question n’ayant été mentionnée qu’une seule fois par Mulcair qui a parlé de la décision du gouvernement conservateur de limiter les services de soins de santé à l’intention des réfugiés.
Le débat a parfois été difficile à suivre à cause de son rythme rapide, mais il portait autant sur le leadership que sur la politique économique, c’est-à-dire que le ton et la présentation des chefs étaient tout aussi importants que le fond de la discussion. On s’entend généralement pour dire que Mulcair a bien performé (ce qui est une amélioration considérable par rapport au débat d’août), que la présence de Harper a été calme et stable, alors que Trudeau s’est montré fougueux, mais à certains moments, frénétique.
En fin de compte, il est improbable que les performances lors des débats soient particulièrement nuisibles ou utiles pour l’un ou l’autre des chefs, ce qui nous laisse au même point où nous en étions, c’est-à-dire avec les chefs des principaux partis qui se trouvent coude à coude dans la course pour l’obtention du soutien du public, notamment dans le cas du NPD et des Libéraux qui se disputent les électeurs qui veulent un « changement ».
Le milieu de la santé a eu des raisons d’être encouragé pendant la dernière semaine. Bien que la question ne se soit pas retrouvée à l’avant‑plan dans le message politique de l’un ou l’autre des partis, le NPD a pris plusieurs engagements en matière de santé au cours de la semaine, entre autres, en promettant d’investir dans les soins à domicile pour 41 000 personnes âgées de plus et d’aider les provinces à créer 5 000 lits de plus en maisons de soins infirmiers; de consacrer 100 millions de dollars à la santé mentale des enfants et des adolescents; et de créer un plan en vue de rendre les médicaments d’ordonnance plus abordables et accessibles pour les Canadiens. Les conservateurs se sont concentrés sur leurs engagements relatifs aux soins de santé visant le cancer, en promettant de renouveler le Partenariat canadien contre le cancer; d’investir 12,5 millions de dollars dans le financement d’immobilisations pour aider à établir le centre proposé de recherche et de prévention du cancer de la Société canadienne du cancer à Vancouver; et d’offrir un montant équivalent aux dons publics pour la course Terry Fox, jusqu’à concurrence de 35 millions de dollars. À part de s’être engagés tôt pendant la campagne à améliorer les prestations d’assurance‑emploi pour les aidants, les Libéraux n’ont pas encore pris d’engagements significatifs dans le domaine de la santé.
Bien que de nombreux groupes aient bien accueilli l’intérêt porté à la santé, la question qui se pose est la même : est‑ce que les engagements en santé aideront à créer un soutien politique pour un parti plutôt qu’un autre? Et question peut‑être plus importante encore, est‑ce que l’un des trois partis ira au‑delà des promesses ciblées destinées à plaire à un groupe d’électeurs particuliers (comme les personnes âgées) et s’engagera dans le débat concernant le rôle de leadership que le gouvernement fédéral devrait jouer en santé? Comme la campagne durera encore quatre semaines, les partis auront certainement le temps de s’engager dans cette discussion qui est possiblement celle dont le milieu de la santé a le plus besoin et qu’elle espère le plus.